« L’anti-relativiste est beaucoup plus proche qu’il ne croit de son adversaire « relativiste », car tous deux partagent au moins ceci qu’ils se donnent également les moyens de s’élever au-dessus de toute description et d’adopter un point de vue des points de vue, qui seul autorise les assertions auxquelles se résume le débat de part et d’autre » (J-P. Cometti, Qu’est-ce que le pragmatisme ?, Gallimard, 2010).
La diversité des théories en philosophie est
comparable à celle des mouvements artistiques ou des opinions politiques. La
science de son côté paraît épargnée et plus sélective. Mais cela peut être
discuté. Car les controverses n’y sont pas non plus absentes.
La question qui m’intéresse ici est celle de savoir
quelle attitude adopter face à la diversité théorique en philosophie ? A
mon avis, le sens que l’on donne à la pratique philosophique dépend de la
réponse apportée à cette question de la diversité théorique. Par exemple, on
peut en conclure que la philosophie est parfaitement vaine et obsolète comparée
à la science. Ou alors on peut lui attribuer un rôle minimal, comme veiller à
la clarté des énoncés. Plus rare aujourd’hui sans doute serait de la considérer
encore comme la reine des sciences et comme une discipline fondamentale capable
d’orienter toutes nos pratiques.
Pour approfondir cette interrogation, je me demanderai :
Quels sont les différents types de philosophies ? Comment les distinguer ?
Et quel sens donner à la philosophie relativement à cela ? Je précise
qu’il s’agit simplement d’une esquisse. Je resterai très général et non
exhaustif, sans trop entrer dans les détails ni préciser quels sont les auteurs
correspondant aux théories évoquées (ce qui conduirait à des analyses longues,
complexes et certainement polémiques).
Pour commencer, appelons « épistémologies objectivistes »
celles qui soutiennent l’idée que nous pouvons parvenir à une connaissance
vraie et universelle du monde, indépendante des perspectives individuelles ou
communautaires. Ces épistémologies défendent donc l’idée d’une connaissance
identique en tous lieux, de tous temps et pour tout le monde.
Selon elles, la connaissance repose sur des fondations,
des principes, des normes ou des critères qui permettent de distinguer le vrai
du faux : évidence, certitude, adéquation, validité, convenance, compétence,
sérieux, démonstration, preuve, falsification, validation institutionnelle,
etc. Plusieurs critères peuvent être associés, pour renforcer la crédibilité
d’une croyance et la justifier. Ces critères varient donc en fonction des
théories et des époques et reflètent des traditions concurrentes.
De même, les options métaphysiques varient selon
les philosophes : monisme, dualisme, pluralisme, tropisme, réalisme,
nominalisme, criticisme, vitalisme, panpsychisme, etc. Il y a semble-t-il réciprocité
entre métaphysique (en incluant l’ontologie) et épistémologie. Notre conception
de la connaissance autorise ou non nos affirmations métaphysiques (e. g. le réaliste
s’autorise à définir la nature de l’être, le nominaliste reste agnostique) et
notre conception métaphysique détermine notre conception de la connaissance (e.
g. le dualiste attribuera une place fondamentale aux conditions subjectives de
l’expérience, le moniste physicaliste penchera pour le behaviorisme).
Comment faire face à cette diversité de méthodes et de
théories ? On peut chercher à les hiérarchiser, à travers la discussion,
en les confrontant aux acquis de la science ; à en éliminer certaines,
jugées incohérentes ou obsolètes ; à en conserver d’autres en revisitant
leur forme ; ou encore à en élire de nouvelles. Ou bien on peut considérer
qu’il s’agit simplement de différentes manières concurrentes de décrire le
monde, de différentes représentations subjectives, construites à partir des
phénomènes perçus et de notre vocabulaire, en fonction de notre milieu sensible
et symbolique. Dans ce cas, si ces modèles ne peuvent rendre compte de la
réalité, ils sont destinés à rester des fictions, même s’ils présentent une
quelconque utilité heuristique.
Pour éviter un scepticisme trop radical, il faut se
rapporter aux applications pratiques. En sciences et techniques, dans
l’éducation et la presse ou dans les procédures judiciaires, il n’est pas
permis de douter absolument de la vérité. Autrement dit, il y a bien des
vérités qui permettent au scientifique de prédire les phénomènes, à l’ingénieur
de construire des machines, aux enseignants et aux journalistes de transmettre
savoirs et informations et aux juges ou autres responsables de prendre des
décisions justifiées.
En méditant sur ce qu’il y a de commun à ces vérités,
on peut tenter de définir ce que peut être La Vérité. Ainsi, une conception
minimale de la connaissance en général peut être dégagée à partir de la
réflexion sur les conditions de possibilité des différentes formes de vérités.
Nous venons de voir que certaines méthodes s’efforcent
d’assurer l’objectivité et la vérité de nos connaissances. Bien des incertitudes
subsistent néanmoins quant à la fiabilité de nos croyances, ainsi que de
nombreuses controverses en épistémologie et en métaphysique. Toutefois, un
scepticisme radical serait irréaliste, étant donné les faits attestant de l’utilité
des connaissances.
Nous allons suivre ce même schéma pour l’appliquer à
la philosophie morale (éthique et politique). La morale objectiviste soutient
l’idée que nous pouvons parvenir à la connaissance de ce qui est bon ou juste
pour guider nos actions. Il y aurait donc des normes morales universelles et identiques
pour tous, en tout temps et en tous lieux. Par exemple, la maxime « ne fais
pas à autrui ce que tu ne veux pas qu’on te fasse » paraît satisfaire
cette exigence. On peut supposer que cette règle d’or traverse toutes les
époques et toutes les cultures.
Il existe plusieurs théories qui proposent un
fondement à la morale, en se basant soit sur le devoir inconditionnel, soit sur
la perfection ou la vertu, soit sur la sécurité ou la stabilité sociale, soit sur
l’utilité, soit sur l’intuition morale. Certains critères paraissent
incompatibles (devoir vs utilité), d’autres compatibles (devoir et vertu). La
relation entre ces notions varie selon leur définition. Par exemple,
« devoir » et « vertu » peuvent prendre des sens
différents.
Ces principes moraux ont une valeur individuelle pour
guider l’action personnelle. Mais on les retrouve à l’échelle collective en
politique et économie. Le contrat social et les droits universels correspondent
à l’éthique du devoir au sens kantien. L’utilitarisme et l’éthique des vertus peuvent
également guider l’action collective, selon une approche moins individualiste.
En effet, une minorité peut être sacrifiée au bénéfice de la majorité dans
certaines formes d’utilitarismes, et le devoir envers la communauté peut
prévaloir sur les droits de la personne dans certaines éthiques de la vertu. Quant
à l’éthique du devoir, si elle permet de garantir les droits de l’individu,
elle peut aussi amener celui-ci à sacrifier son intérêt propre au nom de la
morale.
Mais des approches relativistes, voire sceptiques, de
la morale sont également possibles, si on la fait reposer par exemple sur le
sentiment. Rien ne garantit alors qu’un sentiment soit le même d’un individu ou
d’une culture à l’autre. Qu’est-ce qui garantit l’universalité d’un sentiment,
ou bien même sa moralité, comparé au test d’universalisation de nos intentions (déontologisme)
ou à un calcul du plaisir (utilitarisme) ? De même, si un jugement moral
exprime une règle qui se déclare désintéressée, celle-ci peut-elle réellement valoir
pour tous les hommes ou toutes les sociétés ?
Le scepticisme moral réduit la morale aux différentes
coutumes, toutes aussi variables qu’il y a de communautés, toutes aussi
légitimes les unes que les autres, assimilables à des faits sociaux remplissant
différentes fonctions (cohésion du groupe, partage des taches, distribution des
privilèges, etc.). Ce relativisme peut expliquer les dissensus dans nos
jugements sur les mœurs, sur les pratiques médicales, économiques, pénales, sur
les usages des technologies, etc.
Néanmoins, si les discussions et les délibérations
existent, c’est que nous possédons un horizon régulateur, un idéal de consensus,
nourrit par la conviction qu’une résolution est possible et que tous les points
de vue n’ont pas la même valeur, même si nous ne connaissons pas ou pas encore la
position la plus appropriée.
Nous voyons donc que, comme en épistémologie, il y a
en éthique différentes manières de concevoir les critères objectifs de la morale
et de la meilleure manière d’agir. Les dissensus conduisent à des controverses
en vue de trouver une position commune sinon objective. Mais ils peuvent aussi
conduire à une conclusion sceptique et relativiste en cas d’échec. Toutefois, comme
pour les controverses épistémologiques ou métaphysiques, le scepticisme ne
paraît pas tenable absolument, dès lors qu’existe la perspective d’un accord
pour motiver la controverse elle-même.
Pour finir, abordons la question de la diversité
théorique en esthétique, à propos de l’art (et son rapport à la nature, l’artisanat,
le design et l’industrie) et des propriétés esthétiques. Une conception
objectiviste ou réaliste consiste à considérer que les propriétés esthétiques dépendent
fortement des propriétés physiques. L’effet sur nous d’un objet, d’un ouvrage
ou d’une œuvre est lié à sa structure et son fonctionnement propres. Dans ce
cas, le plaisir esthétique est relié à des propriétés objectives, suscitant
comme jugement l’agréable, le bon, l’utile, l’harmonieux, l’instructif, etc. Du
fait de l’origine objective de ces jugements, ceux-ci peuvent prétendre à l’universalité.
A cela s’oppose une approche plus relativiste qui fait
reposer l’art ou le jugement de goût sur l’émotion personnelle, l’expression
d’une vision du monde propre à l’artiste ou à un groupe ; ou encore un jeu
symbolique valide uniquement à l’intérieur d’un monde culturel particulier. Une
vision purement relativiste consisterait à voir une variété infinie
d’expressions humaines, sans points communs, dans l’architecture, la sculpture,
la mode, le design, le paysagisme, l’édition, la BD, le cinéma, les séries, le
jeu vidéo, la musique, la publicité, l’art décoratif, etc.
Or de même que les nombreuses langues ont en commun de
reposer sur les structures universelles du langage étudiées par la linguistique,
on doit pouvoir considérer que toutes les expressions artistiques, en tant
qu’elles sont des productions humaines reconnues comme artistiques, possèdent
un noyau invariant intéressant l’esthétique. On doit pouvoir identifier également
chez tous les hommes ce qui les rend sensibles aux effets esthétiques de la
nature.
Il existe donc plusieurs manières de fonder la vérité
et plusieurs théories ontologiques. Néanmoins, il y a une tension vers
l’objectivité, une volonté de chercher la vérité, dès lors que ces théories font
l’objet de discussions. De même, en morale, en politique ou en esthétique, il y
a plusieurs façons de chercher à fonder l’objectivité.
Si l’on s’en tenait à un relativisme strict et au
scepticisme, il ne serait plus la peine de confronter les théories, et il n’y aurait
pas non plus lieu d’en élaborer. Donc s’il y a un relativisme apparent, il ne
peut être considéré en principe que comme provisoire.
Face à la diversité des théories plusieurs attitudes
sont possibles : Soit on les rejette toutes en déclarant que la
philosophie est chimérique (excepté ce point de vue philosophique sceptique lui-même…).
Ou alors on tente au moins de fixer les limites de ce qu’il est raisonnable de
traiter, souvent en excluant ce qui outrepasse les limites de la science. La
philosophie acquiert alors un rôle auxiliaire d’analyse et de clarification du
langage. On peut aussi proposer des combinaisons entre plusieurs théories ou
proposer des théories nouvelles qui dépassent les précédentes. On peut encore
s’attacher à défendre une théorie existante en particulier, contre toutes les
autres, moyennant en général une rénovation des arguments.
Le sens de la philosophie, semble-t-il, dépend de ces
différentes attitudes face à la diversité des théories. Un sceptique finira par
juger la philosophie inutile et défendra au minimum le pragmatisme
scientifique. On pourrait également ne considérer la philosophie que comme un
jeu d’esprit stimulant et formateur.
Mais, il faudrait, pour lui accorder plus d’importance
que cela, partir du principe que toute activité humaine se déploie sur un arrière-fond
philosophique : notre philosophie spontanée. Autrement dit, nous ne pouvons
pas nous passer de philosophie, quand bien même nous prétendrions le faire. Il
y aurait donc tout intérêt à s’en préoccuper, si l’on veut comprendre et faire
évoluer la structure de nos idées, critiquer et transformer nos cadres de
pensée, au lieu de les subir.
Enfin, est-ce qu’une théorie peut finir par s’imposer contre toutes les autres ? Cela est envisageable, au moins comme fin idéale sans laquelle il ne serait pas la peine de polémiquer. Et dans ce mouvement, faute de parvenir à un résultat définitif, nous confortons ou récoltons, à travers la recherche collective, différentes vérités partielles intéressantes ou utiles à la vie, à la science, à la morale ou à l’art.
*
TYPES AND MEANINGS OF PHILOSOPHY
“The anti‑relativist is much closer than he thinks to his ‘relativist’ opponent, for both share at least this: they equally grant themselves the means to rise above any description and to adopt a point‑of‑view of points‑of‑view, which alone authorizes the assertions on which the debate on either side ultimately rests.” (J‑P. Cometti, What Is Pragmatism?, Gallimard, 2010).
The
diversity of theories in philosophy is comparable to that of artistic movements
or political opinions. Science, by contrast, seems spared from such variety and
appears more selective. But this can be questioned, for controversies are not
absent there either.
The
question that interests me here is what attitude one should adopt toward
theoretical diversity in philosophy. In my view, the meaning we assign to
philosophical practice depends on how we answer this question of theoretical
plurality. For example, one might conclude that philosophy is entirely vain and
obsolete when compared to science. Or one might grant it only a minimal role,
such as ensuring clarity of statements. Rarer today, no doubt, would be to
consider it still as the queen of sciences and as a fundamental discipline
capable of orienting all our practices.
To
explore this question further, I will ask: What are the different types of
philosophies? How can they be distinguished? And what meaning should we assign
to philosophy considering this? I should specify that this is merely an
outline. I will remain very general and non‑exhaustive, without going too far
into details or identifying the authors corresponding to the theories mentioned
(which would lead to long, complex, and certainly contentious analyses).
To
begin, let us call “objectivist epistemologies” those that uphold the idea that
we can attain true and universal knowledge of the world, independent of
individual or communal perspectives. These epistemologies therefore defend the
idea of knowledge that is identical everywhere, always, and for everyone.
According
to them, knowledge rests on foundations, principles, norms, or criteria that
allow us to distinguish truth from falsehood: evidence, certainty, adequation,
validity, appropriateness, competence, seriousness, demonstration, proof,
falsification, institutional validation, and so on. Several criteria may be
combined to reinforce the credibility of a belief and justify it. These
criteria thus vary depending on theories and historical periods, and they
reflect competing traditions.
Likewise,
metaphysical options vary from one philosopher to another: monism, dualism,
pluralism, tropism, realism, nominalism, critical philosophy, vitalism,
panpsychism, and so on. There appears to be a reciprocity between metaphysics
(including ontology) and epistemology. Our conception of knowledge authorizes
or forbids certain metaphysical claims (e.g., the realist allows himself to
define the nature of being, whereas the nominalist remains agnostic), and our
metaphysical conception determines our conception of knowledge (e.g., the
dualist will assign a fundamental role to the subjective conditions of
experience, while the physicalist monist will lean toward behaviorism).
How
should we deal with this diversity of methods and theories? One may try to rank
them, through discussion, by confronting them with the achievements of science;
to eliminate some, judged incoherent or obsolete; to preserve others by
revisiting their form; or even to introduce new ones. Alternatively, one may
consider them simply as different competing ways of describing the world,
different subjective representations constructed from perceived phenomena and
from our vocabulary, depending on our sensory and symbolic environment. In that
case, if these models cannot account for reality, they are destined to remain
fictions, even if they possess some heuristic usefulness.
To
avoid an overly radical skepticism, one must turn to practical applications. In
science and technology, in education and press, or in judicial procedures, it
is not permissible to doubt truth absolutely. In other words, there are indeed
truths that allow scientists to predict phenomena, engineers to build machines,
teachers and journalists to transmit knowledge and information, and judges or
other officials to make justified decisions.
By
reflecting on what these truths have in common, one may attempt to define what
Truth itself could be. Thus, a minimal conception of knowledge in general can
be drawn from a reflection on the conditions of possibility of the different
forms of truth.
We
have just seen that certain methods strive to secure objectivity and truth of
our knowledge. Yet many uncertainties remain regarding the reliability of our
beliefs, as well as numerous controversies in epistemology and metaphysics.
Nevertheless, a radical skepticism would be unrealistic, given the facts that
attest to the usefulness of knowledge.
We
will follow the same pattern and apply it to moral philosophy (ethics and
politics). Objectivist morality upholds the idea that we can attain knowledge
of what is good or just in order to guide our actions. There would therefore be
universal moral norms, identical for everyone, always and in all places. For
example, the maxim “do not do unto others what you would not want done unto
you” seems to satisfy this requirement. One may suppose that this golden rule
spans all eras and all cultures.
Several
theories propose a foundation for morality, relying either on unconditional
duty, or on perfection or virtue, or on security and social stability, or on
utility, or on moral intuition. Some criteria appear incompatible (duty vs.
utility), others compatible (duty and virtue). The relationship between these
notions varies depending on how they are defined. For example, “duty” and “virtue”
may take on different meanings.
These
moral principles have an individual value for guiding personal action. But they
also appear at the collective level in politics and economics. The social
contract and universal rights correspond to the ethics of duty in the Kantian
sense. Utilitarianism and virtue ethics can likewise guide collective action,
according to a less individualistic approach. Indeed, a minority may be
sacrificed for the benefit of the majority in certain forms of utilitarianism,
and duty toward the community may prevail over individual rights in certain
versions of virtue ethics. As for the ethics of duty, while it allows for the
protection of individual rights, it may also lead individuals to sacrifice
their own interests in the name of morality.
But
relativistic, even skeptical, approaches to morality are also possible,
especially if one grounds it, for example, in feeling. Nothing then guarantees
that a feeling will be the same from one individual or one culture to another.
What could ensure the universality of a feeling, or even its moral status,
compared with the universalization test of our intentions (deontology) or with
a calculation of pleasure (utilitarianism)? Likewise, if a moral judgment
expresses a rule that claims to be disinterested, can it truly hold for all human
beings or all societies?
Moral
skepticism reduces morality to various customs, each as variable as the number
of communities, each as legitimate as the others, and comparable to social
facts fulfilling different functions (group cohesion, division of tasks,
distribution of privileges, etc.). Such relativism can explain disagreements in
our judgments about morals, medical practices, economic systems, penal
institutions, or the uses of technology.
Nevertheless,
if discussions and deliberations exist, it is because we possess a regulative
horizon, an ideal of consensus nourished by the conviction that a resolution is
possible and that not all points of view have the same value, even if we do not
know, or do not yet know, the most appropriate position.
We
therefore see that, as in epistemology, ethics contains different ways of
conceiving the objective criteria of morality and of determining the best way
to act. Disagreements lead to controversies aimed at finding a common, if not
objective, position. But they can also lead to a skeptical and relativistic
conclusion if these attempts fail. However, as with epistemological or
metaphysical controversies, skepticism does not seem absolutely tenable,
insofar as the very possibility of agreement exists and motivates the
controversy itself.
Let us
now address the question of theoretical diversity in aesthetics, concerning art
(and its relation to nature, craftsmanship, design, and industry) and aesthetic
properties. An objectivist or realist conception consists in holding that
aesthetic properties depend strongly on physical properties. The effect that an
object, a piece of work, or an artwork has on us is tied to its own structure
and functioning. In this case, aesthetic pleasure is connected to objective
properties, giving rise to judgments such as the pleasant, the good, the
useful, the harmonious, the instructive, and so on. Because these judgments
have an objective origin, they may claim a certain universality.
Opposed
to this is a more relativistic approach, which grounds art or aesthetic
judgment in personal emotion, in the expression of a worldview specific to an
artist or a group, or in a symbolic game valid only within a particular
cultural world. A purely relativistic view would consist in seeing an infinite
variety of human expressions, without common points, in architecture,
sculpture, fashion, design, landscape architecture, publishing, comics, cinema,
television series, video games, music, advertising, decorative arts, and so
forth.
Yet
just as the many languages of the world share the universal structures of
language studied by linguistics, one should be able to consider that all
artistic expressions—inasmuch as they are human productions recognized as
artistic—possess an invariant core relevant to aesthetics. One should likewise
be able to identify, in all human beings, what makes them sensitive to the
aesthetic effects of nature.
There
are therefore several ways of grounding truth and several ontological theories.
Nevertheless, there is a certain tension toward objectivity, a will to seek
truth, insofar as these theories become the object of discussion. Likewise, in
morality, politics, or aesthetics, there are several ways of attempting to
ground objectivity.
If one
were to adhere strictly to relativism and skepticism, it would no longer be
worthwhile to confront theories, nor would there be any reason to elaborate new
ones. Thus, if there is apparent relativism, it can only be regarded, in
principle, as provisional.
Faced
with diversity of theories, several attitudes are possible: one may reject them
all, declaring philosophy to be chimerical (except for this skeptical
philosophical standpoint itself…). Or one may at least attempt to set the
limits of what it is reasonable to address, often by excluding what exceeds the
boundaries of science. Philosophy then acquires an auxiliary role of analysis
and clarification of language. One may also propose combinations of several
theories, or introduce new theories that surpass the previous ones. One may
further devote oneself to defending one particular existing theory against all
the others, generally by renovating its arguments.
Meaning
of philosophy, it seems, depends on these different attitudes toward diversity
of theories. A skeptic will end up judging philosophy useless and will defend,
at minimum, scientific pragmatism. One might also consider philosophy merely as
a stimulating and formative exercise of the mind.
But to
grant it greater importance than this, one must begin with the principle that
all human activity unfolds over a philosophical background: our spontaneous
philosophy. In other words, we cannot do without philosophy, even if we claim
to do so. There would therefore be every reason to concern ourselves with it,
if we wish to understand and transform the structure of our ideas, to criticize
and reshape our frameworks of thought rather than merely undergo them.
Finally,
can a single theory eventually prevail over all the others? This is
conceivable, at least as an ideal end without which debate would be pointless.
And in this movement, even if we fail to reach a definitive result, we
consolidate or gather, through collective inquiry, various partial truths that
are interesting or useful for life, science, morality or art.
RAPHAEL EDELMAN NANTES JUILLET 2026


