vendredi 15 mai 2026

PACIFISME ET ECOLOGISME

 

    Les guerres et l’écologie occupent une place importante dans l’actualité. Dans les années soixante-dix, les mouvements contestataires menaient de front les luttes pacifistes et écologistes, contre le nucléaire et la guerre du Vietnam notamment. Aujourd’hui encore nous aimerions pouvoir mettre un terme aux guerres et à la destruction de l’environnement. Mais nous ignorons toujours comment. Pourquoi faisons-nous la guerre et détruisons-nous l’environnement ? Y a-t-il un point commun entre les deux phénomènes ? Où, quand et comment intervenir pour les empêcher et avec quelles difficultés ?

Pour commencer, qu’est-ce qui explique l’activité destructrice d’une partie de l’humanité ? Les réponses classiques sont la démesure, la déraison, la passion, l’appât du gain ou le goût du pouvoir, l’égoïsme ou l’indifférence à l’intérêt commun. Raymon Aron évoque par exemple, dans Paix et guerre entre les nations (1962), un certain « orgueil de régner » qui pousse les nations les plus puissantes à vouloir dominer les autres (1).

On peut ajouter comme autre explication que les hommes sont pris dans des mécanismes sociaux concurrentiels, aux effets toxiques à long terme et à grande échelle. Ces mécanismes sont comparables à des phénomènes de compétition ou de prédation interspécifiques. C’est le cas par exemple des risques environnementaux qui « ne peuvent pas être imputés à des personnes selon les règles de la responsabilité en vigueur parce que personne ne voyait ou souhaitait la mise en danger de chacun et la destruction de la nature » (2). Mais ces mécanismes sont en principes réversibles puisqu’institutionnels et non naturels. On peut donc tenter de s’y opposer.

Pour s’opposer à la guerre et à la pollution de l’environnement, on peut d’abord, au niveau individuel, chercher à encourager les comportements vertueux, par l’éducation et la sensibilisation. Le but ici est de faire en sorte que chacun ait une consommation responsable et une attitude respectueuse vis-à-vis d’autrui, avec l’espoir de faire évoluer progressivement la société par la base. « Il convient, selon Arne Naess, de travailler à modifier le système d’idées proprement métaphysiques qui détermine la place que les êtres humains sont censés occuper au sein de la nature, de sorte à modifier aussi, comme par la bande, la façon dont ils s’y comportent » (3).

A l’échelle des collectifs, les associations militantes et les organisations non gouvernementales tentent de faire évoluer les consciences et les décisions institutionnelles. Par exemple, la CGT ports et docks appelait à une heure d’arrêt de travail symbolique le 30 novembre 2023 pour protester contre les guerres à Gaza, en Ukraine, en Afrique, en Arménie, etc., rappelant les grandes grèves de 1949 et 1950 contre la guerre d’Indochine, pour empêcher l’embarquement ou le débarquement d’armes (4).

Certaines actions dénoncent les deux problèmes de la guerre et de la pollution à la fois, comme la lutte contre les essais nucléaires. « Pendant toute la période du programme d’essai nucléaire français de Moruroa (1960 – 1995) des marins de toutes les nations dans des bateaux parfois minuscules, parfois seul, ont risqué leur vie, année après année parfois dans de petites flottilles naviguant parfois au cœur des zones d’essais nucléaires pour alerter le monde du danger de la bombe atomique » (5).

Enfin, au niveau étatique et entrepreneurial, quelques initiatives éthiques sont prises ou affichées. Par exemple, Dominique Voynet, au ministère de l’Aménagement du territoire et de l’environnement en 1997, dans le gouvernement Jospin, obtint l’abandon du canal Rhin-Rhone, l’arrêt de Superphénix, la limitation de la circulation automobile et la fiscalité écologique. Mais ces initiatives se trouvent limitées par les stratégies de développement productivistes, qui « associent le bonheur à une croissance infinie mais qui entraînent pollution, gaspillage, épuisement des ressources et compétition effrénée » (6).

Une autre raison pour laquelle ces initiatives parviennent difficilement à éloigner les menaces, c’est que les risques s’avèrent d’autant plus élevés que les technologies atomiques, chimiques, génétiques et informatiques évoluent. Il semble même que nous ayons atteint le niveau maximal de risque avec la bombe atomique. Pour Karl Jaspers, elle met en jeu l’existence humaine en général. « L’humanité devient un tout du fait d’être menacée en totalité » (7).

Étant donné la mondialisation des risques et l’insuffisance des moyens de les contenir, une institution mondiale destinée au maintien de la paix et à la préservation de la nature s’avère nécessaire. Il est possible, selon Kant, dans son Essai sur la paix perpétuelle, de « faire tourner au profit des hommes le mécanisme de la nature pour diriger au sein d’un peuple l’antagonisme de leurs intentions hostiles, d’une manière telle qu’ils se contraignent mutuellement eux-mêmes à se soumettre à des lois de contrainte et produisent ainsi l’état de paix où les lois disposent d’une force » (8).

Ce projet d’institution mondiale de maintien de la paix fut partiellement concrétisé. « En France, écrit C. Tixier, dès 1867, de nombreuses associations engagées dans le pacifisme apparaissent, telle la Ligue internationale et permanente de la paix ». Fondée en 1919 (dissoute en 1946, peu après la création de l’ONU), la Société des nations encourage « la compréhension, le rapprochement, la réconciliation entre les peuples dans les domaines économique, juridiques, sociaux humanitaires et culturels, à travers plus d’une centaine de convention internationales » (9). La doctrine de la SDN, reprise par l’ONU, est « la délégitimation des guerres d’agression, la promotion du règlement pacifique des différents (arbitrage médiation), la solidarité collective des membres de la SDN avec tout Etat agressé pour y faire face : sanctions économiques et même mise à disposition des forces armées par les états membres » (10). On peut citer également comme exemple le poste de Haut-commissaire pour les minorités nationales créé en 1992 par l’organisation pour la sécurité et la coopération en Europe pendant le conflit yougoslave (qui a suivi la chute du mur de Berlin et de l’URSS). Il a pour tâche de veiller à la prévention des conflits ethniques, avec pour mandat de déclencher alerte et action rapide lorsque des tensions entre minorités nationales risque de dégénérer en conflit. Il joue un rôle de médiation également aujourd’hui en Ukraine (11).

Une institution internationale comme l’ONU tente donc de garantir la paix. « Les opérations de l’ONU visent à « séparer, désarmer et réintégrer à la vie civile des belligérants, à organiser des élections libres, à accompagner la construction d’Etats de droit, à structurer la vie civile (soutien aux ONG) » (12). L’Otan peut fournir les moyens militaires à l’ONU, qui est une instance juridique, mais le lien entre les deux n’est pas automatique. L’ONU peut être en désaccord avec des interventions de l’Otan (Kossovo 1999). L’ONU fait l’objet également de critiques, par exemple du fait de son impuissance au Rwanda ou en ex Yougoslavie dans les années quatre-vingt-dix. L’ONU peut donc se voir reprocher à la fois son manque d’efficacité, son impartialité ou son interventionnisme par rapport à la souveraineté des Etats.

Un système fédéral articulant la base au sommet permettrait à une institution internationale de protection de la paix et de l’environnement de rester démocratique. On trouve déjà dans le mouvement écologiste, comme héritage de mai 68, « des principes de fonctionnement libertaire : non cumul des mandats, rotation des postes, méfiance à l’égard des chefs et professionnels de la politique, autogestion et décentralisation etc. » (13). Une tendance anti-autoritaire semble exister également dans certaines institutions visant l’établissement de la paix. D’après N. Lemay-Hébert, L’OSCE défend une vision de la construction de la paix fondée sur « l’établissement d’une infrastructure propice au développement de véritables initiatives locales » et non l’imposition de solution top down (14).

 

On peut comparer la guerre et la pollution à des maladies qui, si elles ne sont pas traitées, peuvent entraîner la mort des populations. Cette comparaison entre la maladie d’un organisme, la guerre dans et entre les sociétés et la pollution de l’environnement est encouragée par les niveaux d’intégration de la matière vivante. Ces niveaux organisent l’individu, le groupe et son milieu. Les cellules sont associées en (i) organismes pluricellulaires, végétaux ou animaux, qui constituent (ii) des colonies et des sociétés et, à un niveau supérieur, (iii) une population qui, en relation avec d’autres espèces, forme (iv) une communauté biologique, la biocénose, et un biotope, en incluant le milieu physique et chimique, le tout formant un écosystème, jusqu’au niveau ultime planétaire de (v) l’écosphère (15). La théorie biosociale de B. Callicott, dans In defense of the land ethic (1989), distingue quant à elle plus simplement (i) le cercle des autres humains ; puis (ii) celui formé avec les hybrides, comme les animaux de compagnie, domestiques ou d’élevage, les jardins zoologiques, etc., dans un écosystème artificiel ; et enfin (iii) la communauté formée avec toutes les autres espèces de la biosphère (16).

On peut considérer la dépollution d’un site ou le désendoctrinement d’une société comme des sortes de thérapies en vue de rétablir un équilibre naturel et social. La description suivante de la situation de la Hollande où vécu Spinoza illustre assez bien l’idée d’un ensemble socio-physique viable. « Très pauvre lui-même, presque sans besoin, Spinoza sait gré à la riche Hollande d’être non seulement une terre de liberté, au moins relative, hospitalière aux juifs d’Espagne et à tous les persécutés, lieu d’asile pour les penseurs, mais (aussi) un pays où l’homme s’applique à diversifier et embellir sa vie : pays de grand commerce et d’industrie adroite, importateur d’épices et producteur de fines étoffes, pays de gras pâturages aussi et de laiteries bien tenues, d’utiles moulins à vent, de jardins fleuris d’ombrages délectables, de logis sains et plaisants éclairés d’un rayon d’art » (17). A travers cet exemple, on comprend la remarque suivante de H-S, Afeissa. La nature, loin de se réduire à n’être qu’un réservoir ou une poubelle, peut « revêtir un intérêt esthétique, moral, spirituel ou scientifique au regard des êtres humains, et dans ce cas la satisfaction qu’elle procure exige que l’objet reste intact » (18).

L’idée de faire appel à une institution internationale, pensée sur le modèle médical, pour préserver la paix et l’environnement, peut passer pour une monstruosité biopolitique digne du Meilleur des mondes. Mais on peut comparer le bénéfice que représentent les organisations internationales de protection à ceux apportés par des campagnes de vaccination ou d’alphabétisation à grande échelle. Si l’on prévoit des garanties contre les dérives éventuelles d’une telle institution, on évitera peut-être, grâce à elle, les dangers autrement plus menaçants des guerres et de la pollution. Pensons au cas des centrales nucléaires de Zaporijjia et Tchernobyl en Ukraine qui ont subi des attaques de drones et des coupures de courant en 2025, alors que ces installations sont vulnérables et présentent des risques de contamination radioactives.

Quel que soit le problème : maladie, pollution ou guerre, l’action de l’institution destinée à le résoudre consiste à prévenir, contrôler et réparer - selon l’avant, le pendant et l’après. On retrouve cette séquence dans la doctrine canonique de la guerre juste, qui distingue le jus ad bellum, in bello et post bellum, sur ce qui justifie moralement l’entrée en guerre et les obligations pendant et après la guerre (19). On peut facilement comparer cette doctrine avec les phases de prévention, de soin et de guérison en médecine.

Ce qui correspond à la prévention écologique consiste par exemple à développer l’économie circulaire, l’isolation thermique ou l’agriculture biologique. « La conservation de la nature, précisent M. Lamotte, C. Sacchi, P. Blandin, n’est pas une opération de muséologie visant seulement à figer les produits du passé, mais c’est la mise en œuvre des moyens nécessaires au maintien ou même à l’amélioration des stratégies adaptatives des systèmes écologiques : conserver la nature, c’est lui conserver ses potentialités évolutives » (20).

La prévention pacifique consiste à garantir l’éducation et la justice, à contrôler la circulation des armes et à organiser les échanges diplomatiques. « Le pacifisme positif, explique C. Bouchard, milite toujours pour l’éducation à la paix – par ailleurs l’un des axes de la mission de l’UNESCO – mais il œuvre surtout à la réduction des inégalités de développement qui alimentent le militarisme et la violence » (21). D’autres types d’initiatives sont possibles pour diminuer la menace et la conflictualité, comme les actions directes non violentes ou les méthodes coopératives de résolution de conflits (22).

Le contrôle d’un phénomène suppose la transparence, l’observation et l’inspection des processus qu’ils soient biologiques, économiques, stratégiques ou diplomatiques. Par exemple, « L’écologie, permet la constitution d’instruments de surveillance servant à contrôler l’évolution des écosystèmes et à déceler assez tôt l’instauration des dysfonctionnements » (23). Par ailleurs, les principes du droit international humanitaire constituent un moyen important d’observation des conflits. Ce sont : (i) « la distinction entre les personnes et les biens civils, d’une part, et les objectifs militaires, d’autre part » ; (ii) « le principe de proportionnalité, qui interdit de lancer une attaque dont on peut attendre qu’elle cause incidemment des pertes en vies humaines, des blessures aux personnes civiles, des dommages aux biens à caractère civil » et (iii) « les principes d’humanité, de précaution, et d’interdiction des maux superflus et de souffrances inutiles ». « La violation de ces règles constitue des crimes de guerre, qui sont définis par le droit international, et en particulier le Statut de la Cour pénale internationale » (24). Il faut ajouter le contrôle du commerce des armes, car « la multiplication des conflits est un prétexte tout trouvé pour la production d’armes. C’est une escalade préjudiciable à la logique de paix » (25).

Enfin, la réparation consiste par exemple à restaurer les écosystèmes dégradés en écologie ou à poursuivre et juger les criminels de guerre en droit. Une institution comme la Société des nations, dans l’entre-deux guerres, avait pour mission la signature de pactes (Locarno en 1925, Briand Kellog en 1928) et le règlement des litiges territoriaux, après la disparition des empires allemand, austro-hongrois, russe et ottoman (26). Là où le droit international a échoué dans sa capacité de résoudre les conflits, la théorie de la paix juste propose un processus souple fondé sur les principes de reconnaissances de l’autre, de recherche d’un langage commun pour communiquer et dialoguer et d’acceptation réciproque de renoncement à certains intérêts (27).

Ce qui va compliquer dans les faits la défense de la paix et la protection de l’environnement, ce sont d’abord certains dilemmes : pour ne pas priver la population d’emploi ou d’alimentation, l’utilisation de substances dangereuses dans l’industrie ou l’agriculture peut être prolongée ; pour éviter l’invasion d’un assaillant qui projette d’asservir ou d’assassiner une partie de la population, il faut pouvoir prendre les armes. On a par exemple attribué au pacifisme une part de responsabilité du déclanchement de la guerre en 1939, parce qu’il aurait poussé à l’appeasement face aux coups de force hitlériens. Toutefois l’argument est contestable, car il consiste à accuser la victime de n’avoir pas dissuadé l’agresseur (28).

Dans cette gestion complexe des situations particulières se glissent également les mensonges. Sous le masque de la guerre juste, des peuples sont martyrisés et dépossédés de leurs droits.  « En temps de conflit, rappelle V. Parent, tout est attaqué et détruit : les populations civiles, les infrastructures. Et ensuite, c’est souvent l’occasion de raser tout ce qui relève des droits sociaux » (29). De même, sous prétexte de survie ou de développement économique, des entreprises, des écosystèmes sont détruits à causes de stratégies plus ou moins opaques. Depuis les années soixante-dix, rappelle Y. Fremion, les écologistes dénonçaient « les dangers du productivisme, les ressources en voie d’épuisement, les atteintes à la nature ». Ils affichaient une « méfiance vis-à-vis de la technologie triomphante ». « Les méfaits de l’économisme, le gigantisme industriel, le pillage du tiers monde, rappellent que l’industrialisation n’élimine pas la pauvreté mais la modernise, qu’il faut un monde à visage humain etc. ». Ces écologistes « propos(ai)ent de maitriser la maitrise et non plus la nature, de réduire le temps de travail, sout(enaient) qu’une société de l’abondance est possible en redistribuant les richesses autrement, que l’an 01 commence maintenant, à condition de penser globalement et agir localement » (30).

On ne peut mener correctement de politique écologiste et pacifiste sans posséder une connaissance fiable et précise des situations. Ainsi la première tâche d’une institution protégeant les sociétés et les environnements, contre la guerre et la pollution, est-il le développement et la diffusion des connaissances qui justifient son action. Or la circulation des savoirs, voire des décisions, peut être descendante, comme ascendante et horizontale, du moment que la fiabilité des informations est garantie. « Lorsqu’il s’agit de définir les risques, explique H-S Afeissa, la science perd le monopole parce qu’elle repose sur des hypothèses spéculatives probabilistes et n’intègre pas de critères de valeur. Un conflit peut éclater entre le savoir des experts et celui d’autres experts, entre ces derniers et le savoir des citoyens ordinaires, ouvrant le champ de bataille des revendications pluralistes de rationalité ». (31). Autrement dit, s’il revient aux experts de former les novices, on trouve aussi chez ceux-ci des formes d’expertises, liées à leur position dans la structure sociale, qui intéressent tous les acteurs. « Le défi que doit relever l’écologie politique contemporaine, selon B Latour, consiste donc à édifier « un parlement des choses », c’est-à-dire à donner un siège aux hybrides (les hybrides résultent des assemblages humain et non humain : voiture-conducteur-feu rouge, patient-pacemaker-hôpital, jardin-outil-jardinier, livre-lecteur-bibliothèque) dans nos assemblées représentatives, dans laquelle des savants, des écologistes, des urbanistes, des météorologues et des citoyens ordinaires pourront débattre et légiférer au sujet des hybrides en vue de substituer à la folle prolifération actuelle des hybrides une production qui soit réglée et décidée en commun » (32).

Il s’agit alors de combiner le maximum de participation avec le maximum de fiabilité. « Il va de soi, affirme P. Engel, qu’une épistémologie sociale véritiste (…) est aux antipodes de l’épistémologie relativiste postmoderne. L’adopter présuppose qu’on ait rejeté tous les arguments familiers visant à réduire la vérité au consensus social, à adopter le principe de symétrie du vrai et du faux, à rejeter toute forme de fondationalisme et de réalisme scientifique au nom d’un constructivisme social, ou à assimiler science et politique » (33). D’après P. Engel, les vertus épistémiques démocratiques, si elles sont nécessaires, ne peuvent cependant pas se substituer aux notions de connaissance, de justification et de vérité.

Enfin, il faut garantir ce qu’on pourrait appeler l’alignement du cerveau, du cœur et des mains. Puisqu’un cerveau sans mains est impotent, une institution internationale fédérale doit posséder comme moyens d’action ce que lui attribueront ses membres. Malheureusement, à l’heure actuelle, une institution comme l’ONU ne possède pas ces moyens de manière suffisante. D’après F. Petiteville, « les effectifs de l’ONU sont généralement en deçà de ce qui serait nécessaire pour garantir efficacement la sécurité… Le continuum entre la conception politique des missions de paix et leur gestion militaire sur le terrain s’en trouve affaibli » (34).

Quant à l’image du cerveau sans cœur, elle illustre l’indifférence à la vérité, encouragée par la croyance en son inexistence. Or face à la complexité des questions écologiques et géopolitiques, il est nécessaire de fournir des connaissances claires pour des débats contradictoires rigoureux et constructif. Cela suppose la volonté, non seulement de rechercher des données objectives, mais également de clarifier les termes des débats. Comme le remarquent Pierre Allan et Alexis Keller, « La négociation est traduction et la traduction est négociation. La question de l’interprétation devient alors cruciale, les négociateurs devant s’entendre sur la signification des termes pendant le processus de paix » (35).

 

Nous avons vu dans ce texte que la lutte contre la pollution et la guerre est engagée à différentes échelles individuelle et collectives. La constitution d’instances internationales s’avère nécessaire, en raison de la dimension mondiale de ces fléaux. Voici quelques exemples de groupes militants, parmi tant d’autres, en faveur de l’environnement à travers le monde : le Green Belt Movement, en réaction au phénomène de déforestation et d'érosion des sols au Kenya ; l'association « Navdanya (« Neuf semences ») » en Inde pour la conservation de la biodiversité dans les pratiques agricoles ; le Conseil civique des organisations populaires et autochtones du Honduras (COPIN H) opposé au barrage de Zarca. Le rôle des instances internationales doit donc être de fournir un dispositif à la mesure des problèmes à traiter et de soutenir les organisations locales. On peut comparer cela avec la nécessité d’une coordination internationale pour combattre une épidémie. Pour autant, elles n’ont pas à se substituer aux volontés des personnes et des peuples.

Nous avons également vu dans ce texte que, comme pour le traitement des maladies, les actions contre la guerre et la pollution ont lieu avant, pendant et après la survenue des crises. Nous évoquâmes ensuite les complications dues aux dilemmes et aux mensonges. Enfin nous avons défendu la circulation multidirectionnelle des informations et des décisions pour assurer la coordination des actions. Notre intention principale était d’esquisser la cartographie des leviers à manœuvrer dans la lutte contre la guerre et la pollution, étant donné que les appels au civisme, à la correction du langage et aux écogestes ne sauraient suffire. En revanche, le fatalisme et le découragement face aux défis écologiques et géopolitiques doivent être refusés par principe, car ils stérilisent à la racine tout espoir d’amélioration. L’utopisme n’est pas davantage permis, puisqu’il mène à l’insatisfaction, à la déception, au découragement et à nouveau au fatalisme. Reste sans doute, comme attitude viable, la persévérance encouragée par les réussites ponctuelles.

RAPHAEL EDELMAN NANTES 05/2026


(1) B. Brice, « Paix démocratique/paix libérale in Dictionnaire de la guerre et de la paix, 2017, PUF.

(2) H-S, Afeissa, Qu’est-ce que l’écologie ?, Vrin, 2009

(3) Ibid.

(4) L. Finez, « Solidarité avec les peuples qui souffrent et subissent l’oppression », Ensemble, janvier 2024.

(5) Alain Rivat, « Gilbert Nicolas, Equipier du FRI, le bateau des luttes antinucléaires des années soixante-dix », Stop-nucléaire56.org, 30 mars 2016.

(6) Yves Frémion « écologiste (mouvement) », Encyclopaedia universalis, 2002.

(7) H-S, Afeissa, op. cit.

(8) P. Allan et A. Keller, « Paix juste », Dictionnaire de la guerre et de la paix, 2017, PUF.

(9) C. Tixier, « Société des nations », Ibid.

(10) F. Pettiteville « organisation internationales », Ibid.

(11) N. Lemay-Hebert, « OSCE », Ibid.

(12) F. Petiteville, op. cit.

(13) Y. Frémion, op. cit.

(14) N. Lemay-Hébert, op. cit.

(15) M. Lamotte, C. Sacchi, P. Blandin, « Ecologie », Encyclopaedia universalis, 2002.

(16) H-S, Afeissa, op. cit.

(17) Charles Appuhn, Note de la proposition XLV, Corollaire II, Scolie, de l’Ethique de Spinoza, Garnier 1965.

(18) H-S, Afeissa, op. cit.

(19) Pierre Allan et Alexis Keller, op. cit.

(20) M. Lamotte, C. Sacchi, P. Blandin, op. cit.

(21) C. Bouchard, « Pacifisme », Dictionnaire de la guerre et de la paix, 2017, PUF.

(22) Pierre Allan et Alexis Keller, op. cit.

(23) M. Lamotte, C. Sacchi, P. Blandin, op. cit.

(24) J. -PH Joseph & C. Bectarte, "Dans la conduite de la guerre tout n'est pas permis", Ensemble, janvier 2024.

(25) L. Finez, « La paix, une valeur hautement syndicale », Ibid.

(26) C. Tixier, op. cit.

(27) Pierre Allan et Alexis Keller, op. cit.

(28) C. Bouchard, op. cit.

(29) L. Finez, op. cit.

(30) Y. Frémion, op. cit.

(31) H-S, Afeissa, op. cit.

(32) Ibid.

(33) P. Engel, « La vérité peut-elle survivre à la démocratie ? », Agone, Octobre 2010.

(34) F. Petiteville, op. cit.

(35) Pierre Allan et Alexis Keller, op. cit.

 

Crédit photo : image générée par intelligence artificielle.

 

 

 

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