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La salle de bain est une
innovation relativement récente. Au dix-neuvième siècle, se
développèrent les premières cabines de douche dans l'armée et les
bains collectifs modernes. C'est seulement à la fin du dix-neuvième
siècle que les premières salles de bain, sur le modèle des hôtels
américains, apparurent (Vigarello). La salle de bain, en tant
qu'extension de la chambre à coucher, intègre le processus général
d'individualisation des espaces dans les milieux bourgeois (Aries).
Ce lieu suppose une infrastructure urbaine complexe de canalisations,
qui permet de mieux connecter l'homme à l'habitat et à la ville et
d'administrer ses flux organiques. En France, en 1973, seulement 44 %
des logements bénéficient de WC, de salle de bain et de chauffage
central (Mermet). Aujourd'hui, la salle de bain s'est généralisée
et personnalisée, à travers différents styles : naturel,
technologique, exotique, etc. La dimension hédoniste est venue
compléter l'aspect hygiéniste.
La salle de bain est une
petite pièce fonctionnelle dans un coin de la maison. Plus petite
que la cuisine, elle nécessite également des arrivées d'eau, un
système d'écoulement des eaux usées, de l'énergie pour le
chauffage, le fonctionnement des appareils et l'éclairage, quand la
lumière naturelle est insuffisante ou absente. Cette pièce subit
des écarts de température brusques et est soumise à l'humidité.
Celle-ci doit être évacuée par voies aériennes. La pièce est
généralement encombrée et doit posséder un lavabo, un bac de
douche, parfois une baignoire, des meubles et des étagères. Il y a
également des portes, des rideaux, des porte-manteaux, des
porte-savons ou des porte-serviettes. Des poignées peuvent être
installées pour les personnes à mobilité réduite. La surface des
murs et du sol est généralement carrelée pour résister à l'eau.
Les couleurs peuvent être vives ou au contraire neutres, en
employant par exemple le blanc pour sa connotation hygiénique. De
nombreux objets sont présents : peignoirs, serviettes, draps de
bain, tapis de bain, miroirs, accessoires, instruments, appareils
plus ou moins sophistiqués, ainsi qu'une foule de produits de beauté
(savons, shampoings, crèmes, parfums, maquillages, etc.).
A cette description doit
s'ajouter une compréhension subjective des usages. On peut soit
prendre son temps et se détendre, soit être dans l'urgence.
Beaucoup de mouvements sont habituels et spontanés. L'étendue
s'organise à travers une série de perceptions et d'actions,
exceptionnellement riches pour un espace si petit. Puisqu'on s'y
occupe soi-même de son corps, on a tendance à se mouvoir dans de
multiples directions. Le nombre important d'objets, de tâches, de
précautions, en particulier à cause de l'eau, nous amène à
visiter l'espace en tous sens. Il y a de nombreuses cachettes, des
creux, des fonds de tiroirs, plus ou moins poussiéreux ou poisseux,
des objets égarés etc. Le mobilier est souvent modulable pour
pallier à l'étroitesse de l'espace. Il importe de penser à cet
univers en action et non simplement tel qu'il est présenté en
pièces détachées dans les grandes surfaces. Il faut songer aussi
au coût, au nettoyage et au recyclage de ces installations.
La façon dont nous
habitons, utilisons et aménageons la salle de bain dépend des
cultures, même si le mode de vie moderne tend à se standardiser du
fait de la diffusion des dispositifs techniques industriels. On
trouve des différences selon l'âge, le genre, la classe sociale, le
caractère, etc. Il est donc important d'observer les habitudes d'un
large panel de population. La pratique de la salle de bain répond à
un rituel précis, du fait de la répétition, et obéit à une
certaine routine, plus ou moins agréable, rassurante ou lassante
selon les cas. Au départ, il s'agit d'une tâche à accomplir, d'un
travail domestique, celui de se laver ou de laver du linge. L'espace
de la salle de bain est lui-même régulièrement nettoyé. On peut
dire que l'activité principale consiste à se débarrasser de la
saleté, de la matière superflue, jugée inutile et repoussante. Ce
qui est visé, c'est notre animalité à travers la pilosité, les
odeurs, les sécrétions, etc. Ainsi, la toilette a-t-elle pour objet
de nous hisser vers une identité idéale, la beauté, en nous
débarrassant de ce qui est jugé laid. On peut comparer cela à la
cuisine qui transforme le cru en cuit, le cadavre en viande
appétissante. Aussi sommes-nous rapidement amenés à dépasser
l'activité utilitaires pour le superflu et le décoratif. La besogne
devient art, plaisir et loisir. Si l'on a les moyens, on peut se
procurer des équipements supplémentaires, comme un jacuzzi. De
plus, nous savons que nous serons jugés moralement par les autres
sur le soin que nous apportons à notre toilette. On doit apparaître
correct, voire soigné. Il ne faut pas oublier que le lavage
s'apparente à l'ablution, à la purification religieuse. Il y a donc
une dimension morale de la toilette.
La salle de bain est un
lieu destiné à notre corps et où nous sommes nus, à la différence
de la chambre où l'on s'habille. La peau et la chair y sont
découverts et travaillés. Notre corps peut être considéré comme
un objet que l'on frotte, que l'on taille, que l'on épile, que l'on
rince, etc. Mais il est également ce à travers quoi nous percevons
notre environnement et ce grâce à quoi nous nous percevons
nous-mêmes (proprioception). Ainsi, nous percevons des objets, des
sons, repérons des signes qui guident notre action, sentons la
chaleur, les odeurs ; mais aussi nos muscles qui se détendent et nos
yeux qui piquent sous la douche. Nous vivons dans la salle de bain
des moments riches en sensations plus ou moins agréables. Notons que
ce lieu n'est pas dénué d'érotisme, en raison de notre nudité,
des contacts cutanés, des odeurs, de la chaleur et de l'humidité.
Tout comme la chambre à coucher, la salle de bain est un endroit
particulièrement intime. Il s'agit d'un coin reculé, solitaire,
protégé du regard des autres, où la honte et la pudeur s'effacent.
Pour autant, la salle de bain peut être partagée avec un proche ou
le personnel, en cas d'hospitalisation par exemple. Dans les foyers,
des objets et des produits peuvent être mis en commun ; ou bien l'on
doit repérer ce qui nous appartient en propre par rapport aux
affaires des autres.
La salle de bain est
donc un lieu où l'on s'occupe du corps, comme il y a des lieux où
l'on mange, fait du sport ou se soigne. L'entretien de notre corps
s'adresse à nous-mêmes en même temps qu'aux autres. Il s'agit de
construire son image publique, de travailler notre mise en scène
pour plaire, séduire, être reconnu et nous sentir à l'aise dans le
regard des autres (Lebreton). On peut dire que la salle de bain est
un atelier de design de soi, d'auto-architecture. Nous y construisons
une identité qui à la fois répond à un imaginaire collectif et se
distingue à travers une image plus personnelle. On travaille à se
faire plus jeune ou plus vieux, plus mince ou plus musclé, en
cherchant dans les miroirs à concilier ce que l'on perçoit avec ce
que l'on imagine, sans toujours bien faire la différence. C'est
pourquoi la salle de bain, lieu de labeur (hygiénisme), peut en même
temps être un lieu de plaisir (hédonisme) et participe de notre
quête du bonheur (eudémonisme) (Quéval).
Bibliographie : P.
Aries, La famille sous l'ancien régime ; G. Vigarello, La
propre et le sale ; D. Lebreton, La sociologie du corps ;
I. Quéval, Le corps aujourd'hui ; G. Mermet, Francoscopie.
Improving of hygiene is a part of the changes in the daily comfort, especially through the democratization of equipment in homes. We focus on bathroom, trying to understand how it is organized, and evaluate how our body adapts to this environment.
Bathroom is a
relatively recent innovation. In the nineteenth century, was
developed shower cubicles in the army and modern collective bathroom.
It is only at the end of the nineteenth century that the first
bathrooms, on the model of American hotels, appeared (Vigarello).
Bathroom, as an extension of bedroom, incorporates the general
process of space individualization in bourgeois environment (Aries).
This place requires a complex urban infrastructure of pipes, to
better connect man to housing and to the city and manage its organic
flows. In France, in 1973, only 44% of homes had toilet, bathroom and
central heating (Mermet). Today, bathroom is widespread and
customized through different styles : natural, technological, exotic,
etc. Hedonistic dimension complete hygienist aspect.
Bathroom is a
small but functional room in a corner of the house. Smaller than
kitchen, it also requires water inlets, a sewage system, energy for
heating, devices and lighting, when natural light is insufficient or
absent. This piece undergoes sudden changes of temperature and is
subject to moisture. It must be evacuated by air. This room is
usually cluttered with objetcs and must have a sink, a shower tray,
sometimes a bath, furniture and shelves. There are also doors,
curtains, hooks, soap, towels etc. Handles can be installed for
disabled. Walls surface and floor are usually tiled to resist water.
Colors can be bright or neutral, using for example white for its
hygienic connotation. Many objects are present : bathrobes, towels,
bath towels, bath mats, mirrors, accessories, instruments, more or
less sophisticated apparatus and many beauty products (soaps,
shampoos, creams, perfumes, makeup, etc.).
With
this description, we must add a subjective understanding of practice.
You can take your time and relax, or be in a hurry. Many movements
are usual and spontaneous. Space is organized through a series of
perceptions and actions, exceptionally rich for such a small space.
Since we take care of our body, we tend to move in multiple
directions. The large number of objects, tasks, precautions,
especially because of the water, leads us to visit the space in all
directions. There are plenty of hiding places, hollows, drawer
bottoms, more or less dusty or sticky, stray objects, etc. Furniture
is often adjustable to compensate for the narrowness of the space. It
is important to think of this environnement in action and not just as
it is presented in spare parts in supermarkets. We must also consider
cost, cleaning and recycling of these facilities.
The way
we live, use and developp bathroom depends on cultures, even if
modern lifestyle tends to be standardize due to the diffusion of
industrial technology devices. There is differences depending on age,
gender, social class, character, and so. Therefore, it is important
to observe habits of a wide range of people. The use of bathroom
follows a precise ritual, because of repetition, and follows a
routine, more or less pleasant, reassuring or boring, depending on
the case. Initially, it is a task, a domestic work, to wash our self
or clothes. Bathroom space itself is regularly cleaned. We can say
that the main activity is to get rid of dirt, of superfluous,
unnecessary and repulsive material. What is targeted is our
animality, through hair, odors, secretions, etc. Thus, toilet aims to
raise us to a perfect identity, beauty, delivering us of what is
considered ugly. We can compare this to cooking that turns raw into
cooked and corpse into appetizing meat. So we are rapidly led to
exceed usefull activity for superfluous and decorative ornament. The
task becomes art, pleasure and leisure. If you can afford it, you can
buy additional equipment, such as a jacuzzi. In addition, we know
that we will be morally judged by others on the care we provide to
our toilet. It should appear correct, even cared. We must not forget
that washing is similar to ablution, to religious purification. So
there is a moral dimension of cleaning.
Bathroom
is a place for our body where we are naked, unlike room, where we
dress. Skin and flesh are uncover and worked. Our body can be
regarded as a rubbed, carved, shave and rinsed object. But it is
also that through which we perceive our environment and ourselves
(proprioception). Thus, we perceive objects, sounds, identify signs
that guide our action, feel heat, odors, but also our muscles relax
and eyes stinging in the shower. In bathroom, we live moments that
are rich in more or less pleasant sensations. We note that erotisme
is not absent in this place, because of our nakedness, skin contacts,
smells, heat and wet. Like bedroom, bathroom is a very intimate
place. This is a remote corner, lonely, protected from others eyes,
where shame and bashfulness disappear. However, bathroom can be
shared with a family member or staff, in case of hospitalization for
example. At home, objects and products can be pooled, and sometimes
we must identify what is our own compared with others affairs.
Bathroom
is a place where we take care of body, as there are places where we
can eat, do sports or be treated. Maintenance of our body is for
ourselves and together for others. It is building our public image,
work for our staging, to please, to charm, to be recognized and feel
comfortable in others eyes (Lebreton). We can say that bathroom is a
design studio of our selves, of self- architecture. We construct an
identity that both responds to collective imagination and be
distinguished through a personal image. We work to be younger or
older, thinner or bigger, looking in the mirrors to fit what we
perceive with what we imagine, and not always make the difference.
This is why bathroom, place of work (hygienism), can be
simultaneously a nice place (hedonism) and part of our pursuit of
happiness (eudaimonia) (Queval) .
Bibliographie : P.
Aries, La famille sous l'ancien régime ; G. Vigarello, La
propre et le sale ; D. Lebreton, La sociologie du corps ;
I. Quéval, Le corps aujourd'hui ; G. Mermet, Francoscopie.
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